Voyage en Ethiopie : Au fil de l’Omo

Un groupe d’amis (4 personnes) ont décidé de réaliser pendant deux mois un voyage sportif en Ethiopie pour descendre les 760 km du fleuve Omo, depuis sa source jusqu’au lac Turkana. En packraft, ils vont affronter les nombreux rapides qui sillonnent le fleuve et découvrir, photographier et filmer les différentes espèces animales présentes dans cet environnement. Ils souhaitent mettre à profit ce voyage pour étudier les effets du barrage Gibe III sur l’écosystème présent en aval et ayant plusieurs cordes à leurs arcs, faire découvrir aux habitants les arts du cirque.

Le coût du projet s’élève à 15 950€.

Aide individuelle accordée : 500€

voyage au fil de l’OMO

Des nouvelles – octobre 2017 :

Au fil de l’Omo, l’histoire d’un échec Sur les eaux brunes et tumultueuses du fleuve Omo, entre calmes et rapides, nous voguons vers l’inconnu. Sous les yeux curieux d’un groupe d’hippopotames nous continuons notre épopée. Non loin de là, un crocodile farouche disparaît vers les profondeurs. Dans cette peinture exotique d’une Afrique sauvage idéalisée, le chant des oiseaux résonne comme une ode à la découverte. Encore envoûté par mes rêveries, je suis partagé entre songe et réalité. Mais le rêve s’efface et celle-ci me rattrape à grands pas, il faut que nous terminons les derniers préparatifs et nous n’avons plus beaucoup de temps avant le grand départ. Mise en bouteille des vivres, charge des batteries, vérification de tout le matériel, autant de tâches qui nous rapprochent un peu plus de l’Éthiopie. Cela fait deux ans que j’ai imaginé ce voyage, et depuis, pas seul un jour n‘est passé sans que j’y pense. Mes coéquipiers, nos sponsors, ma famille, tous ceux qui me supportent dans ce voyage me donnent la motivation de tout faire pour réussir. Mais, une expédition comme celle-ci a évidemment ses risques et ses aléas. Malgré tout, depuis mon voyage de reconnaissance quelques mois auparavant, je suis plus confiant que jamais. Nous sommes prêts, il nous manque juste un panneau solaire, nécessaire pour recharger les batteries de nos caméras pour pouvoir filmer. Nous l’avons commandé il y a quelques jours sur Internet et avons demandé à le faire livrer en poste restante à l’aéroport. Lorsque nous arrivons à Charles de Gaulle, je me dirige donc vers la poste, le colis n’est pas encore arrivé. Je n’ai plus le temps d’attendre, et il nous faudra donc trouver une autre alternative. J’arrive à la porte d’embarquement à la dernière seconde, et nous grimpons dans l’avion de justesse. Dans les abîmes du stress avant un voyage, nous ne sommes plus très loin du fond. Le calme revient petit à petit tandis que l’avion décolle. Arrivée au Caire, les agents de sécurité s’attardent sur le sac de Morgan, et le drone et le téléphone satellite semblent poser problème. Après quelques négociations, nous sommes autorisés à les envoyer via un nouveau bagage en soute. Cela ne nous plaît pas trop, mais nous les emballons bien, et envoyons le tout en direction d’Addis Abeba. Notre avion se pose enfin sur la piste éthiopienne, c’est pour nous le début d’une grande aventure, nous récupérons nos bagages sans problèmes et nous dirigeons vers le service des visas. Ici, les ennuis commencent, ou plutôt continuent dois-je dire au vu de nos déboires depuis que nous sommes partis. Echo, qui est de nationalité chinoise, ne peut prétendre qu’à un visa touristique de 30 jours, contrairement à ce que l’ambassade m’avait annoncé un mois plus tôt. Voilà qui complique les choses, mais ici aussi, nous essayerons de trouver une solution aussi vite que possible. Nous rejoignons Solomon, un ami qui est venu nous récupérer à l’aéroport. Teddy, la personne qui était censée nous fournir les permis pour naviguer autour du barrage Gibe III n’est pas là. Nous décidons donc d’aller l’attendre dans le quartier où il vit. Notre arrivée sous une pluie diluvienne n’annonce rien de bon, la saison des pluies était censée être terminée, mais ce n’est manifestement pas le cas. Solomon nous confirme ce que nous craignons, cela fait plusieurs semaines qu’il pleut sans arrêt, et les cours d’eau risquent de ne pas être navigable. En attendant, nous sommes entassés dans le véhicule, il fait nuit, il fait froid, et nous attendons quelqu’un qui nous avait confirmé la veille qu’il serait là, mais qui depuis ne décroche plus son téléphone. Tandis que le jour se lève sur les rues d’Addis Abeba, nous n’avons toujours pas de nouvelles de Teddy. Nous décidons de nous diriger vers les bureaux de l’immigration afin de régler le problème de visa d’Écho. Nous nous frayons tant bien que mal un chemin dans la jungle du capharnaüm administratif éthiopien. Errant de bureaux en bureaux, nous trouvons enfin la voie. Malgré tout, cela se passe plutôt bien et Écho peut bénéficier d’une extension de visa de 30 jours. Nous remplissons les papiers nécessaires, payons les 100 Dollars demandés, et sommes invités à revenir Lundi. Nous sommes donc forcés de passer le week-end à Addis.
Sous une pluie toujours battante, nous errons un peu sans but dans le joyeux bordel des capitales africaines. D’une échoppe à l’autre, nous alternons entre cafés et repas. Au détour d’un marché, un jeune homme m’interpelle, il me saisit le bras, une fois, deux fois, en soi rien de très étrange ici, mais lorsque je mets ma main dans ma poche, je réalise que mon téléphone a disparu. Je m’en rends compte assez rapidement, et nous scrutons pour voir où il est parti. Un homme me pointe une direction et je me mets à courir vers là-bas. Heureusement, Pierre a eu l’oeil vif, car ce complice m’avait indiqué la mauvaise direction. Nous prenons le pickpocket en chasse, et celui-ci d’un geste délicat dépose le téléphone au sol et s’enfuit en courant. Il s’en est fallu de peu, d’autant plus que le téléphone est également notre GPS et contient l’ensemble des cartes et des informations nécessaires à notre aventure. Lundi matin, nous nous rendons comme prévu à l’office de l’immigration. Nous avons rendez-vous à 10H00. Sans nouvelles de Teddy, nous avons décidé de prendre la route vers Sodo, quelques centaines de kilomètres plus au Sud, afin de récupérer notre traducteur, Antu, qui fera la descente avec nous. On nous fait signe qu’il faut attendre encore un peu, et nous patientons. L’heure du déjeuner arrive et nous n’avons toujours pas récupérer le passeport d’Écho. Il est 14H00, et nous commençons à douter. Il pleut toujours, et avec une dizaine d’autres personnes, nous patientons sous un abri minuscule. Il pleut et il fait froid, et lorsque je le fais remarquer à la personne en charge, celui-ci me rit au nez d’un air dédaignant. Je commence doucement à m’énerver. À 16H00, nous récupérons enfin le passeport. Petit coup d’oeil de vérification, et là, nous avons une mauvaise surprise. En effet, au lieu de rajouter 30 jours à son visa, ils ont émis un nouveau visa de 30 jours qui prend effet aujourd’hui. Pour la modique somme de 100 Dollars et 3 jours d’attente, nous avons donc reçu 3 jours supplémentaires… Nous sommes envoyés dans un autre bureau afin de régler ce problème. Lorsque nos nous présentons là-bas et exposons notre problème, l’officier s’emporte et nous hurle dessus que c’st comme ça et pas autrement. Calmement, nous lui expliquons que le papier dit bien extension de visa de 30 jours, et que c’est ce qui nous avait été promis lors de la demande. Avec une hargne inconsidérée, la personne empoigne Écho et son passeport et la jette violemment dehors. Je commence à sortir de mes gonds, incompétence, violence physique et verbale, sommes-nous vraiment dans une instance du gouvernement ? Nous allons donc au bureau du chef pour lui expliquer notre problème. Il n’y a pas de solution, et il nous faudra revenir à la date d’expiration du visa. À bout de nerfs, nous laissons les tracasseries administratives derrière nous. Entre temps, nous avons eu des nouvelles de Teddy, qui nous annonce que le permis qu’il peut obtenir n’est valable que pour une journée et pour trois personnes. Ce n’est absolument pas ce qui avait été convenu, et cela ne nous arrange absolument pas. Nous récupérons donc le numéro de téléphone de son contact qui travaille au barrage Gibe III. La personne en question ne parle pas anglais, nous envoyons donc le numéro à Antu afin qu’il règle avec lui le problème du permis. Nous prenons enfin la direction de Sodo. Sur la route, la pluie redouble d’intensité, et nous avons même le droit à quelques beaux orages de grêle. Les rivières que nous passons sont toutes en crues. La première partie en amont du barrage, risque donc de ne pas être navigable avant plusieurs jours. Et avec les problèmes de visa, nous décidons donc de remettre cette première partie à plus tard, et de commencer notre voyage en aval du barrage. Le lendemain matin, nous arrivons enfin à Sodo et retrouvons Antu. Nous nous asseyons tous autour d’un bon café afin de discuter nos options. De son côté, il n’a pas de très bonnes nouvelles à nous annoncer. Les permis ne nous seront pas accordés. Nous étudions donc les cartes et lui montrons la mise à l’eau que nous avions repéré, un peu en-dessous du barrage. Trop risqué d’après lui, les routes sont contrôlées par l’armée, et nous serions vite repérés. Pas possible non plus de passer par les villages, car d’après lui, de nombreux espions et partisans du gouvernement auraient vite faits de nous dénoncer, et nous finirions tous en prison. L’unique solution serait de remonter plus haut et de contourner le barrage à pied par l’autre rive, mais avec notre équipement actuel et cette histoire de
visa, cela est impossible pour le moment. Nous nous accordons donc à descendre plus en aval afin de trouver une mise à l’eau plus sereine, non loin de la ville de Jinka. Dans le véhicule, l’atmosphère est un peu tendue, les changements de plans, et les obstacles incessants sur notre chemin commencent à peser. Chacun de son côté, nous regardons les huttes en terres cuites disparaître lentement à l’horizon. Morgan, quant à lui, est atteint d’un otite fulgurante, et prend son mal en patience. Nous espérons que cela passe le plus vite possible. Sous les lumières orangées du crépuscule, nous arrivons à destination. Une bonne nuit de repos pour tout le monde, et demain nous serons enfin en train de pagayer sur l’Omo. Mais au petit matin, alors que nous sommes prêts à partir, les choses se compliquent à nouveau. Un ami de Antu, qui connait bien la région nous indique que la route que nous souhaitons emprunter n’existe plus. Et les autres routes adjacentes sont désormais privatisées par la société qui s’occupe des plantations de cannes à sucre du projet Omo Kuraz. Une fois de plus, celles-ci sont contrôlées par l’armée et la police militaire et l’accès est strictement contrôlé. Le risque de se faire arrêter est trop important. Il nous faut trouver une autre solution, mais une fois encore, passer par les villages aux alentours est très risqué du fait d’une délation omniprésente. Nous ne savons plus quoi faire, cela fait maintenant plusieurs jours que nous passons entassé dans le 4X4, et nous ne trouvons aucune solution. Je connais bien un village au bord de la rivière, je l’avais visité quelques mois auparavant et pour une fois je suis sur que nous pourrons nous mettre à l’eau là-bas. Malgré tout, je suis contre le fait de commencer si bas, et je préfèrerai remonter à, notre point de départ prévu, à Welkité, deux jours de routes plus au Nord, même si nous devons attendre que le niveau de la rivière baisse un petit peu. Le stress des derniers jours ne nous a pas mis dans les conditions idéales pour commencer dans les villages où nous voulons faire des initiations aux arts du cirque. Je me sens un peu trop abattu et fatigué pour faire cela avec enthousiasme. Mais Morgan, Pierre et Écho ne sont pas du même avis et ne veulent pas faire deux jours de route pour attendre encore que la rivière redescende. Nous nous dirigeons donc vers le village Karo de Kolcho. Nous faisons une petite halte à Turmi, porte d’entrée des villages Karo et Hamer. Assis au café, je revois une vieille connaissance, un guide que j’avais écarté du projet car je ne pouvais pas lui faire confiance. Il me demande gentiment comment se passe le voyage, et je lui fais part de notre désarroi. Il part en nous saluant et en nous souhaitant bonne chance. Un petit quart d’heure plus tard, il revient avec un officier de la police militaire et m’annonce que je dois me rendre avec eux au poste de police. Je tombe des nues, je savais que c’était une personne intéressée uniquement par l’argent, mais de là à me dénoncer à la police militaire, je n’y avais même pas songé. Me voilà, marchant avec eux vers le poste de police, dans ma tête je sais que l’aventure va s’arrêter là. Tout ça à cause de quelques imprévus mal gérés, de contacts mal intentionnés, et d’une bonne dose de malchance. Depuis quelques jours, notre devise était “Ici, tout est possible, mais rien n’est réalisable” Assis dans le poste de police à l’allure pas très académique, je repense à ce voyage que j’avais imaginé, idéalisé, et même lorsque j’envisageais les pires situations, j’étais loin de me douter que j’atterrirai ici, arrêté avant même d’avoir mis les bateaux à l’eau. L’officier me fixe d’un regard glacial, il ne parle pas un mot d’anglais, et c’est donc mon délateur qui se chargera de la traduction, c’est bien parti… Après m’être fait accusé de tout et de rien, je dois remettre mon passeport à l’agent qui doit vérifier si j’ai bien les autorisations pour filmer dans la région. Comme si on demandait aux dizaines de touristes qui viennent ici, leur permis, je suis pris à parti par ces deux individus qui ont décidé de m’empêcher de me rendre dans les villages alentours. Évidemment, mes plans de visiter le barrage et de faire du raft sur le fleuve se sont répandus ici comme une traînée de poudre, et la suite s’annonce mal. Comme prévu, je récupère mon passeport une heure plus tard, et nous sommes invités à quitter les lieux dans les plus brefs délais. Nous ne savons plus quoi faire, toute l’équipe est dépitée. Avec mon
passeport, maintenant très probablement sur liste noire, et la plupart des gens du coin qui savent ce qui s’est passé, est-ce vraiment raisonnable de nous perdre dans la brousse et d’essayer de descendre la rivière quand même ? Nous nous rendons à l’évidence, et devons faire face à cet échec cuisant. L’otite de Morgan ne s’est toujours pas amélioré, nous nous sommes fait arrêter, le visa d’Écho n’est que de 30 jours, tous ces problèmes nous poussent à prendre la solution la plus sage et de retourner sur Addis Abeba. Évidemment nous sommes tous tristes, d’une part d’avoir échouer à ce projet si loin du but, en fait sans même avoir commencé le voyage. Mais aussi et surtout pour toutes ces personnes qui vivent au bord de la rivière. Toutes ces personnes dont le mode de vie est en plein bouleversement à cause du barrage Gibe III, mais aussi du projet de plantation de cannes à sucre Omo Kuraz. Toutes ces personnes qui sont tenus au silence par l’armée, la police, le gouvernement, mais aussi par certains guides peu scrupuleux, qui ne voient en eux qu’une source de profit, et qui n’ont aucune envie de voir les choses changer. Cette petite mafia du tourisme qui règne dans la région de l’Omo et qui se croit tout permis sous couvert d’un soutien du gouvernement. Dans le 4X4, l’atmosphère est pesante, de temps à autre, nous essayons de rire de la situation, mais ça ne marche pas vraiment. Il nous faut également trouver un hôpital pour Morgan qui ne va pas beaucoup mieux. Il se voit prescrire d’autres antibiotiques. Deux jours plus tard, nous sommes de retour à Addis, et le retour en France semble être la seule issue. Pour couronner le tout, nous n’arrivons pas à échanger nos billets d’avion, et Écho se fait violemment attaquer par des punaises de lits. L’ultime coup de massue vient lorsque Morgan et moi nous rendons à l’aéroport pour échanger nos billets d’avion et nous faisons violemment refuser l’entrée de l’aéroport sous prétexte que nos billets ne sont pas pour le jour même. C’est trop, il n’en fallait pas plus, nous sommes à bout, et maintenant l’unique but est de rentrer en France. Nous finissons le séjour à avoir presque du mal à sortir de notre chambre, à finir les soirées enfermer à jouer aux cartes et à manger des repas déshydratés Trek’n Eat dans notre chambre d’hôtel. Nous sommes loin de la nature luxuriante imaginée, des échanges enrichissants avec les personnes rencontrées, en fait nous sommes loin de l’aventure à laquelle nous rêvions. Si évidemment, je me doutais qu’il y avait des risques que cela ne se passe pas comme prévu. Mais même en ayant imaginé les pires situations, j’étais loin de me douter que les choses allaient se dérouler ainsi. Que vais-je bien pouvoir dire à nos sponsors, à nos amis et familles, comment expliquer cet échec totalement inattendu ? Une mauvaise organisation de ma part, c’est évident, un esprit beaucoup trop idéaliste dans un monde où seul l’argent compte, la confiance que j’ai donné à des personnes qui ne le méritaient pas, en fait je ne sais plus trop où j’en suis. Je ne sais même pas si j’ai envie de retenter l’aventure. Et lorsque nous quittons le pays, je suis partagé entre la délivrance que cela s’arrête enfin, et la tristesse de laisser derrière moi deux ans de travail sur ce projet, et surtout les personnes tenues au silence par le gouvernement qui n’ont pas la chance de pouvoir s’exprimer et dont les terres diminuent d’années en années.

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